Le Vatican valide sous conditions les xénogreffes
Antoine D'abbundo, La Croix, 31/03/2026
La théologie catholique ne présente pas d'obstacles à la xénogreffe - autrement dit la greffe d'organes d'animaux à l'homme -, la pratique étant «moralement et éthiquement justifiable » s'il s'agit de sauver des vies pour autant qu'elle s'exerce avec prudence, dans des conditions strictes.
Tel est le point essentiel qui ressort du document «Perspectives sur les xénotransplantations» établi par des scientifiques, philosophes, théologiens et juristes, tous membres de l'Académie pontificale pour la vie, institution vaticane créée par saint Jean Paul Il en 1994 pour éclairer l'Église et la société sur les enjeux bioéthiques.
Présenté par son président, Mgr Renzo Pegoraro, le mardi 24 mars, ce texte est une version actualisée de la première prise de position de l'Académie sur le sujet, en 2001.
À l'époque, la xénotransplantation était encore au stade expérimental. Les essais sur les primates se heurtaient à l'obstacle du rejet du greffon en raison de l'incompatibilité biologique entre espèces et aux risques de transmission de virus de l'animal à l'homme.
D'où les réserves formulées alors par l'Académie qui reconnaissait toutefois, déjà, qu'il n'existait pas d'obstacles religieux à la pratique.
Un quart de siècle plus tard, la science a considérablement progressé. Le génie génétique permet désormais de modifier le génome porcin pour le rendre plus compatible avec l'homme et limiter ainsi le risque de rejet. De même, le risque de contagion virale est mieux contrôlé. Et les essais cliniques sur l'homme menés en Chine ou aux Etats-Unis montrent que la xénotransplantation est devenue une option médicale plausible.
À cela s'ajoute la situation «d'urgence médicale», liée à la pénurie de greffons, comme l'a souligné le professeur Emanuele Cozzi, de l'hôpital de Padoue et coauteur du document. Ce dernier a rappelé qu'en 2024, les 170000 greffes réalisées dans le monde ont couvert moins de 10 % des besoins et que, chaque jour, treize personnes meurent aux États-Unis, huit dans l'Union européenne, faute d'une greffe à temps.
«Tous ces éléments font que l'Académie a estimé qu'il y avait de moins en moins de raisons de s'opposer aux xénogreffes, tout en rappelant que certaines conditions éthiques doivent être respectées », souligne la théologienne et éthicienne Marie-Jo Thiel, membre de l'institution vaticane depuis 2017.
La première est le respect de la personne et de sa dignité qui implique que la recherche ou la pratique clinique ne sont acceptables que si elles apportent un bénéfice significatif. « Et si l'Académie affirme sans équivoque que la xénogreffe n'altère en rien l'identité biologique de l'être humain, elle souligne l'importance, dans ce contexte particulier, du recueil du consentement libre et éclairé du patient et la nécessité d'un accompagnement psychologique et spirituel avant et après une intervention qui peut bouleverser l'image du corps», souligne Marie-Jo Thiel.
De même, le document admet qu'un animal puisse servir à sauver une vie humaine, mais affirme aussitôt qu'il ne peut être réduit au rang de simple produit médical. D'où la nécessité de minimiser les souffrances et de limiter les manipulations de la nature.
Enfin, le texte pointe un enjeu social fondamental: celui de l'égalité d'accès aux soins. Car si sauver une vie n'a pas de prix, le coût important de la xénogreffe - même s'il est appelé à baisser - risque d'en faire une solution réservée aux pays riches.
« Le premier intérêt de ce document, c'est de valider sous conditions cette technique médicale de pointe complexe et qui sera discutée, en France, lors des états généraux de bioéthique lancés en début d'année », souligne Marie-Jo Thiel.
Le deuxième est de montrer que la théologie chrétienne qui l'inspire, basée sur l'incarnation, s'appuie sur le réel et les données de la science.


